En réponse à Philippe Lorange

Pour ceux qui ne sont pas au courant de quoi il est question ici, vous pouvez tout d’abord aller lire mon article intitulé Le syndrome de Crowder, disponible en cliquant sur ce lien: Le syndrome de Crowder. Philippe Lorange a décidé d’y répondre en partageant son point de vue sur le sujet, ce qui a alimenté un débat intéressant considérant que nos opinions sont extrêmement divergentes (Philippe se considère conservateur alors que je me situerais personnellement davantage sur la gauche, quoi que je préfère ne pas me prononcer plus précisément). Pour lire la réponse de Philippe, cliquez sur ce lien:Réponse de Philippe.  J’ai répliqué sous format de lettre, puis Philippe a suggéré que je publie la dite réponse sur mon blog, idée que j’ai trouvé pertinente puisque cela rend le débat accessible et ouvert à tous. Bonne lecture!

Bonjour Philippe. Tout d’abord, merci de ton intérêt pour mon article. Tu m’as affirmé, en message privé, l’avoir lu trois fois. Malgré tout, avant de répondre à tes commentaires, je tiens à ré-adresser certains points que je considère comme étant cruciaux lors de la lecture de mon texte, points auxquels je risque de revenir par moments.  Il y a un paragraphe de mise en garde au début qui précise clairement que j’écris de façon subjective, et avec humour. Également, cet article n’avait pas pour but de dresser une étude précise avec des statistiques et des sources, ma seule source étant, dans ce cas, des éléments de la série Change my mind. Dans les commentaires de ta publication, tu dis aussi ne pas avoir jugé nécessaire de visionner Crowder pour formuler tes idées sur mes écrits, alors qu’à mon humble avis, cela aurait été la moindre des choses, mais cela me concerne. Pour la cause et vu l’étendue de ta réponse, je risque apparemment d’avoir recours à certaines sources pour appuyer mon point de vu plus profondément. Mon introduction est terminée, allons-y maintenant point par point.

Tu commences en reprenant mes propos «homme blanc hétérosexuel cisgenre moyen», pour, par la suite dire «ouf! ça en fait du stigmate pour une gauche qui lutte soi-disant contre toutes les mauvaises étiquettes». Je reviens sur l’aspect humoristique de mon texte; le portrait brossé est grossier et caricatural. Crois-je vraiment que seuls les hommes blancs hétérosexuels cisgenres moyens partagent l’opinion de Crowder? Bien sûr que non, son émission même en est la preuve, il serait incohérent de ma part de n’attaquer que ce regroupement extrêmement précis d’individus alors que ma source en elle-même démontre des exemples de femmes noires qui sont de son côté. La raison pour laquelle je présente mon sujet ainsi est pour des questions de circonstances : il s’avère que Crowder répond à ce profil, et je mentionne d’ailleurs un peu plus tard dans le texte que «n’importe qui voudra aller discuter avec quelqu’un d’aussi caricaturé que Crowder : un homme blanc qui croit que le patriarcat est un mythe et que les genres se comptent sur les doigts de la main, et non sur un spectre bien plus large». Ce passage ne dissimule rien, il est aussi simple que présenté, Crowder est un personnage au profil de base, il aurait pu être une femme noire, mais non. Il est bel et bien un homme blanc qui dit que les privilèges d’homme blanc sont un mythe (mon détecteur d’ironie s’est déclenché ici). Je vais citer ce qu’un proche à moi a dit : «Le poisson ne voit pas qu’il est dans l’eau». Cela se rallie à mon idée des hommes vis-à-vis le sujet de l’avortement. Peuvent-ils avoir une opinion? Absolument. Est-ce que je me donne le droit de dire que je ne suis pas en accord? Absolument aussi. Encore une fois, un passage que tu as peut-être sauté puisqu’il est écrit cela pratiquement mot pour mot dans mon article. C’est malheureux, tu m’accuses de plusieurs choses qui sont pourtant expliquées, mais nous y reviendrons plus tard.

«Premièrement, permettez-moi de revenir sur le terme utilisé : syndrome. La gauche utilise depuis plusieurs années un vocabulaire médical pour tenter de psychiatriser l’adversaire». Je n’ai qu’une chose répondre à ce sujet, Philippe : humour. Encore. Pour donner une forme à mon article, j’ai décidé de faire entrer le profil de l’animateur dans un certain moule satirique, d’où l’idée du syndrome. Psychiatriser mon adversaire, c’est assez lourd comme terme, toi qui me dis également plus tard dans tes commentaires que j’utilise des exagérations. Si cela te rend plus confortable, remplace le format du syndrome par celui de la «fièvre de Crowder», tout comme on dit «fièvre de la danse» sans se sentir insulté, ou bien, pour rendre mon texte plus banal et moins humoristique, appelons cela «le phénomène Crowder». Au cas où le terme syndrome soit encore choquant malgré mes explications, alors excuse-moi, comme tu le vois, mon intention n’était heureusement pas de psychiatriser. «On le voit notamment avec la popularité de mots finissant en « phobe » : homophobe, islamophobe, xénophobe, transphobe, grossophobe (peur des gros). Autrement dit, si l’autre n’est pas d’accord avec moi, c’est qu’il atteint d’une phobie, ou dans ce cas-ci, d’un syndrome. Malade, il ne peut avoir toute sa raison pour bien réfléchir, il est donc en désaccord pour des raisons psychiatriques.» Sur ce point, je ne peux me rallier à toi en aucun cas ni me justifier. Dans ces cas précis que tu présentes, il n’est pas question d’être d’accord ou non : la haine de l’homosexualité, par exemple, est une forme d’oppression à mes yeux, et non une opinion. Malheureusement, je fais partie de ceux qui croient que certaines opinions sont les bonnes dans certains cas. Pour moi, ne pas être d’accord avec le mariage homosexuel, le refuser et prêter ses croyances à l’idée que les homosexuels sont des individus qui n’ont pas le même droit que les hétérosexuels, c’est effectivement de la phobie. C’est la peur de l’autre, purement et simplement. Il est erroné de dire que le terme «homophobie» est psychiatrique, il ne l’est pas. Il signifie la «crainte» et «l’hostilité systématique» (voir la définition du dictionnaire Larousse). Et en passant, juste par pure envie de t’en informer : homophobie est un terme accepté par la langue française et lié à cette définition exacte que j’ai citée ci-haut. Autre fait amusant, tu peux féminiser le mot «auteur» et y ajouter un «e». C’est permis (consulte à nouveau le dictionnaire Larousse au besoin). Tu l’as omis dans ton texte, je réajustais donc le tir : je suis une auteure. Ce que tu as appelé une lubie (en message privé), une lubie étant d’ailleurs un «caprice extravagant», n’est en fait qu’un mot très valide de la langue française. Je peux donc dire que ce serait une lubie d’employer le mot «fraise»? Allons, je blague. Reprenons. 🙂

Après avoir cité l’un de mes passages, tu dis : «Dans ce cas-ci, il est possible que l’auteur de l’article ait raison (en parlant du fait que j’avance que Crowder est vague dans ses arguments). Seulement, pour avancer un argument, il faut des preuves, donc des citations, ce que l’auteur ne rapporte qu’une seule fois dans tout son article. Le reste n’est qu’impressions, opinions et discours rapportés : un beau cocktail de manque d’objectivité et de rigueur». Voilà le moment auquel je te rapporte à mon sujet amené/à ma mise en garde : tu m’accuses d’un manque d’objectivité alors que mon texte est présenté comme étant subjectif, et ce, noir sur blanc. En ce qui concerne la rigueur, je refais également surface avec le fait que cet article n’était ni une étude, ni un projet concret auquel je voulais attacher de multiples sources. Je te donne raison sur un point : j’ai avancé quelque chose et, bien que cela n’aurait été qu’un discours rapporté, j’aurais pu y appuyer une citation de Crowder. Dans l’épisode intitulé There are only two genders : Change my mind, une femme transexuelle se présente au kiosque de Crowder (de son plein gré et dans l’envie d’y discuter respectueusement). Tout au long de la conversation, elle demeure civile, calme, posée et lorsqu’elle n’a pas d’arguments pour soutenir ses points, elle lui cède la parole. Steven s’assure qu’il ne lui manque pas de respect et qu’elle ne se sent pas insultée par ses arguments. Il n’est pas cet homme affreux à qui je ne veux en aucun cas donner raison parce que ses opinions diffèrent des miennes, je tiens à mettre cela au clair. Si je visionnais à nouveau l’une de ses vidéos et que j’y trouvais un passage concret au cours duquel il rend un individu (ciblé directement par le débat) sensible et émotif, j’y mettrai la citation.

Tu m’accuses d’attaque à la personne puisque j’affirme que Steven Crowder est en manque d’attention. Rappelons *à nouveau* que mon article est subjectif et basé sur ma vision personnelle des choses : comment moi, avec mon bagage, ma perception et mes opinions en main, j’interprète ce que j’écoute. Je ne ressens pas le besoin de te citer quoi que ce soit sur ce point en particulier, puisque ce passage de mon article provient tout simplement de mon idée que s’asseoir à un stand publiquement et vouloir converser sur des sujets «chauds» avec des gens en ayant conscience de posséder des opinions très précises et conservatrices, c’est de vouloir de l’attention. Comment le nier? Steven Crowder est un animateur, n’est-ce pas une partie de son travail que de vouloir l’attention des gens? En me disant que je formule une attaque à la personne, tu sous-entends qu’en employant l’expression «besoin vif d’attention», j’ai voulu pointer quelque chose de mal, alors qu’à mes yeux cela n’est qu’un fait *tiré de ma propre perception*. Aussi, je trouve effectivement que Steven Crowder utilise des tactiques de manipulation, j’en explore d’ailleurs une dans mon article, celle qu’il utilise avec une femme non-binaire en lui disant qu’elle a automatiquement assumé son genre pour la faire sentir coupable alors que Crowder se dit ouvertement homme. C’est très problématique en soi de détourner une conversation à son avantage ainsi, selon moi. Finissons par ta «blague» de TDAH : tu parles de psychiatriser alors que tu le fais toi-même, en me mettant à la bouche des mots que je n’ai pas utilisés. Tu blaguais, je suis au courant (c’est déjà ça). Tu serais donc drôlement positionner pour me dire que je psychiatrise en me servant du mot «syndrome». C’était une petite parenthèse.

Je préfère personnellement passer par-dessus le passage où tu abordes la théorie des genres (théorie que j’ai par ailleurs étudiée et sur laquelle j’ai eu des cours). Non pas parce que je ne saurais pas quoi en dire, mais plutôt parce que je pense qu’on s’éloignerait du sujet principal. J’ai formulé mon opinion ainsi : Crowder semble investi à parler des genres et de dire ouvertement qu’il ne croit pas aux principes de la non binarité et de la fluidité des genres jusqu’au point de s’asseoir et d’attendre qu’on vienne changer ses idées sur la chose, sachant que des gens non-binaires/fluides viendraient en discuter avec lui. Le débat en soi est valide, mais le fait que Crowder récidive et en fasse un épisode à deux parties tant il semble être divertit par tous ces gens qui tentent de lui prouver qu’ils ont droit à leur identité; le principe en soi est absurde à mes yeux, et me fait même rire. Je passe la chose parce que cela n’en tient qu’à mon opinion personnelle (wow, encore? Et oui, c’est ce sur quoi mon article est basé, après tout).

En ce qui concerne ton «chicottement» face à ma mention de violence inégalée au coeur de la communauté LGBTQ+; je n’ai pas souffert de fièvre en employant ces termes. J’ai vu que tu as cité Camus en commentaires : j’ai trouvé ça intéressant! Je suis d’ailleurs d’accord avec la dite citation. Par ailleurs, si j’avais à refaire mon texte, j’utiliserais encore l’adjectif «inégalée». Je n’ai effectivement pas précisé, géographiquement parlant, où se situait cette dite violence, c’est idéal que tu m’aies laissé le bénéfice du doute sur le sujet. Mon propos était assez global et s’appliquait au monde en général. Repensons à Kenneth Zeller, Aaron Webster, Alain Brosseau ou bien Conner Copeman, tous des homosexuels attaqués froidement au couteau ou bien à coups de bats de baseball. Où vivaient ces gens? Au Canada. Ton point était que cette violence peut en effet être égalée (triste réalité), mon point est qu’à mes yeux, elle est inégalée puisque ces gens sont morts pour des raisons identitaires. Pour avoir été qui ils sont. Pas pour leur religion, ni leurs opinions politiques (et des crimes justifiés par de tels motifs sont affreux aussi), mais bien pour avoir été là, au mauvais endroit, au mauvais moment, à aimer la mauvaise personne. Une violence inégalée puisqu’une violence puisée dans le rejet systématique, la crainte et la haine de deux individus du même sexe qui s’aiment. Pour moi, il y a quelque chose de trop simple dans ce calcul pour que l’équation en soit un meurtre. Opinion personnelle (on y revient souvent, à ce point là).

Nous voici donc enfin arrivés au fameux passage traitant de l’avortement. Je sais définitivement que nos opinions ne se rejoignent pas en ce sens, et que rien ne parviendra à ce que nous nous mettions d’accord. Je ne vais donc pas m’attarder à essayer de te faire changer d’avis (see what I did there?), je vais plutôt analyser tes arguments et essayer d’y voir plus clair et de te pointer ce que je crois être mal formulé. «Donc les hommes ne doivent pas parler d’avortement. Pourtant, cet enfant qui est dans le ventre de la mère, il est le leur aussi, n’ont-ils pas leur droit de s’exprimer sur la vie de leur progéniture? En suivant la même logique, est-ce qu’un Blanc peut parler d’esclavage? Est-ce qu’un Canadien-anglais peut s’exprimer sur l’indépendantisme québécois? Est-ce qu’un Québécois de souche peut monter une pièce de théâtre sur la tragédie des pensionnats autochtones?».

Bon, déjà, tu n’abordes pas certaines possibilités, (ce que je comprends puisque mon texte ne traite pas exclusivement du sujet de l’avortement), telles que les cas de femmes violées qui se sont faites implantées un enfant par un prédateur sexuel qui s’est introduit de force en elles. Mais ces hommes sont les pères et ils devraient pouvoir choisir aussi, tout comme ils pouvaient choisir d’avoir une relation sexuelle non-consensuelle avec ces femmes. La dernière partie de ma phrase ne t’est pas attribuée, tu n’as pas employé ces mots et je ne te les mettrai pas en bouche, mais c’est exactement comme ça que j’interprète ton segment de phrase. Je vais aborder quelque chose de très personnel, par choix. J’éprouve un grand malaise lorsque vient le moment de parler d’accouchements; j’en ai peur, j’appréhende beaucoup la douleur et je suis même étourdie quand je suis confrontée à une scène (cinématographique, par exemple) représentant un accouchement. Aucun homme ne peut comprendre ce sentiment, ni ne peut vivre l’acte d’accoucher en soi, l’empathie étant ce à quoi il a recours. Mise en contexte: supposons que je tombe enceinte à la suite d’une relation sexuelle consentie avec mon partenaire, que nous étions protégés mais que, par un hasard peu fortuné, le moyen de contraception ait failli à la tâche, quel qu’il soit. Premièrement, je ne suis pas prête à avoir un enfant. Deuxièmement, j’ai une peur et un profond malaise par rapport aux accouchements et je ne me sens pas psychologiquement disposée à affronter la chose. Troisièmement, je n’ai pas les moyens d’élever un enfant, ce qui n’offre pas un avenir prometteur à la descendance dont il est question. Mon partenaire a-t-il son mot à dire? Oui. Je serai attentive à lui, il peut se prononcer, et ici, je tiens à citer un passage de mon propre article : «je n’empêche aucun individu de se prononcer sur quoi que ce soit, je me donne simplement le droit de lui mentionner si je considère, d’un point de vu personnel, s’il est à sa place lorsqu’il formule sa pensée sur un certain sujet». La décision finale me reviendra, si ce n’est que sur le plan technique et non moral. Car, qu’est-ce que mon partenaire peut faire si, au final, je choisis l’avortement? Il va repousser le foetus dans mon utérus et lutter physiquement? Il va me violer pour réessayer? Ces cas sont extrêmes, parce que je trouve aussi extrême de penser que l’homme puisse *décider* pour la femme. Se prononcer? Il en a totalement le droit. Mais jamais la décision ultime ne lui reviendra. C’est ainsi. Finalement, tu me donnes raison sur le moment auquel j’accuse Crowder de comparer des éléments qui ne sont pas directement liés au contexte du débat. Parler d’esclavagisme alors qu’on parle d’avortement… c’est absurde. Je ne donnerai pas mon avis sur ces phrases parce que je m’éloignerais, mon but ici est plutôt de réajuster le tir en disant que si je voulais débattre sur l’esclavagisme ou l’indépendantisme, je ferais un texte là-dessus. «On dira je divague», et bien oui, effectivement.

Oh! Et tu supposes que j’emploie le mot «conservateur» de façon péjorative. Pourquoi? Il n’est écrit nulle part «ces foutus conservateurs!» ou bien «je haie les conservateurs!». Steven Crowder est ouvertement conservateur. C’est un fait. Il le dit lui-même, je réutilise l’information puisque j’en ai le droit, je ne l’ai pas sous-entendue.

J’espère que ma réponse est assez détaillée. Il y a peut-être quelques petites coquilles par-ci par là. Je souhaite simplement dire que je ne compte pas répliquer à nouveau, et si l’envie t’en prend, je suggère alors que cela se fasse en personne si le débat a à être poussé plus loin. Ce serait plus facile. Je n’ai pas l’impression de t’attaquer non plus, mais bien de me défendre et défendre mon travail, un article dont je suis fière. Bonne journée!

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Extrait #31 / L’art des pauvres

Une bouteille de vin dans une main, une clope dans l’autre, obnubilée par le tas de feuilles blanches devant moi; le flot des idées qui, par certains jours, me dévore les organes et substitue mes fonctions vitales par un besoin insatiable d’écrire, s’enfuie de moi ce soir. Rien ne vient à cet esprit pourtant lucide, lorsqu’il est oppressé par des responsabilités et stressé par la venue imminente d’un purgatoire. On me lira. On me jugera. Si influençable, et je le croyais fort, était ma confiance en mes capacités de faire de ma vie des histoires entières. Aptes à décrocher la mâchoire des gens sérieux, des récits nourris par mes intoxications leur empoisonneraient momentanément le cerveau plein de bon sens qui occupe leur boîte crânienne sans vers, mon métier devenant leur occupation du soir. Eux, rentreraient tard de leur paperasse importante de bureau trop grand, pollué par l’anxiété malgré toutes les plantes vertes qui s’y trouveraient, et moi, mes grandes idées les feraient tournoyer, tomber dans un univers parallèle au mien; nos destinées, distancées, ne seraient que deux fils qui suivraient la même direction vers une mort inévitable, et ce, sans jamais entrer en collision concrète. Ils useraient de la flexibilité de mon imagination pour un plaisir égoïste qui n’appartiendrait qu’à eux et eux seuls, et j’en retirerais des critiques crasseuses et salées, lesquelles crieraient une jalousie presque exquise. Puisque les gens sérieux n’apprécient point l’art dans le grand sérieux que ce domaine mérite, et que leur orgueil les pousse à camoufler au reste du monde la possibilité que peut-être, seulement peut-être, désireraient-ils également marier leur main à la plume le temps d’une journée comme je saurais le faire le temps d’une vie. Suis-je trop désabusée? Ou, avouons-leur, ne suis-je qu’une autre artiste qui se permet un titre fabuleux pour donner prestige à la personne minable qu’elle demeurera toujours.

Et pourtant (Billet féministe)

 

 

Une pensée populaire partagée entre certains hommes bien conscients de leurs privilèges souhaite faire porter au féminisme une étiquette tristement discriminatoire et fausse envers le sexe opposé. C’est de là qu’est né le principe d’égalitarisme, un terme étrange issu d’un fâcheux malentendu; alors que les femmes poursuivent avec une émouvante ardeur la lutte pour l’acquisition intégrale de leurs droits fondamentaux, plusieurs messieurs se sont vus être offusqués et effrayés d’assister à une bataille cherchant à les détrôner de leur confortable rôle de meneurs respectés. Alors que j’ai moi-même eu droit de me faire remettre à ma place en m’exprimant publiquement sur le sujet, l’envie m’est venue de remettre les pendules à l’heure. Il n’est jamais trop tard pour s’éduquer avant de s’insurger et de se prêter au jeu des définitions pour véritablement savoir pourquoi on crie au loup. À tous ces garçons qui m’ont blâmé de me défendre, qui m’ont lancé les pires arguments pour m’accuser de m’auto-victimiser et pour me prouver la CHANCE que j’avais, moi, d’être une femme en cette société qui est la nôtre; lisez.

Mais qu’est-ce qui vous fait donc si peur? Aussitôt que vous voyez par malheur une médiatisation promotionnelle positive de l’appropriation qu’une femme se doit de faire de son propre corps, la panique vous habite. Vous attaquez, c’est dégueulasse une fille qui se rase pas, c’est notre fœtus à nous aussi, fuck l’avortement. J’exagère?

Et pourtant, j’ai véritablement vu ces commentaires, et il y en a des pires. J’en ferai la liste plus loin. Ce qui me ronge, ce ne sont pas les propos tenus en soi, mais plutôt  les gens derrière ceux-ci qui n’y voient aucun problème. On me répète sans cesse que je n’ai pas à me plaindre d’être traitée différemment à cause de mon genre.

Et pourtant, je vous assure que mon école secondaire (que j’ai heureusement quittée il y a de cela quelques mois) continue de s’insurger devant les épaules découvertes de jeunes filles qui sont là pour se scolariser, et non se sexualiser. C’est un bien vieux discours qui ne cessera de m’attrister, et beaucoup savent que je me suis battu pour cette cause, sans arrêt. De toute façon, si elles veulent se dénuder, ce sont elles qui auront à vivre avec les conséquences de leurs actes en se faisant attribuer les surnoms pute, salope, trainée. Mais non, les jeunes garçons savent nous respecter, maintenant!

Et pourtant, si l’on s’attarde aux catégories de films pornographiques les plus visionnés, Teen Sex est en sixième position et 79% des jeunes sont accidentellement exposés à de la pornographie via le web. (Online Victimization of Youth: Five Years Later, 2006). Par contre, cela ne représente absolument rien. Effectivement, aucun idéal sexuel n’est imposé dans la tête des adolescentes à cause de ces films dits ‘’adultes’’, puisqu’elles sont libres, indépendantes et conscientes que leur corps est LEUR corps.

Et pourtant, il existe une banalisation et une normalisation de l’établissement du sexisme avec l’intégration de stéréotypes affectant gravement l’égalité homme/femme. La femme, au fil des années et malgré tout ce qu’on en dit, porte encore un rôle d’objet dans le monde de la publicité et est représentée comme une figure se voulant plaisante pour l’homme. Mais il faut faire attention; AUCUN homme ne participe à ce principe dégradant de son plein gré, chacun cherchant à alimenter le féminisme de son mieux, car salir cette cause rimerait à reculer des siècles en arrière…

…et pourtant, ce n’est pas le cas pour tous. Je suis capable d’affirmer avec certitude que plusieurs humains, hommes et femmes, sont en quête d’une égalité entre chaque être et avancent en harmonie avec le mouvement féministe pour vaincre les privilèges instaurés par l’Homme Blanc et Riche depuis le début des temps.  Certains, par contre, ont cru  qu’il serait plus juste d’inventer ‘’l’égalitarisme’’, croyant que le féminisme visait à laisser les femmes prendre le dessus sur le monde entier et devenir… enfin, ce que les hommes ont été longtemps et sont encore malheureusement aujourd’hui, dominantes. Le terme ‘’méninisme’’ a même fait son apparition, cherchant à renverser certains stéréotypes pour démontrer que les hommes aussi sont les proies d’un système injuste les réduisant à un rôle patriarcal faussement attribué.

Je constate tristement tous ces combats en me disant, très ironiquement, que tous ces clans se battent initialement pour la même raison; l’égalité homme/femme. Au lieu de travailler de concert, ils se rabaissent, s’insultent et se tachent entre eux parce qu’une crainte injustifiée persiste, la peur que la femme soit entièrement perçue comme l’homme. Sur le plan social et personnel, que l’on parle de salaire ou de préjugés.

Je souhaite vraiment terminer ce billet sur une note plus sombre en citant quelques commentaires que j’ai recueilli durant mes recherches sur le sujet. Ces opinions reflètent une grande incompréhension du féminisme qu’il est temps d’abattre. La mauvaise conception de ce mouvement est ce qui le mène vers des obstacles. *

*Les propos suivants sont rapportés mot pour mot et leurs auteurs sont nommés, ainsi que le contexte des commentaires. Comme ceux-ci étaient initialement publiques et assumés, je ne voyais pas le problème de les rapporter.

 

‘’The Reason A Feminist Rejected Her Son Is All The Proof You Need That Feminism Is Poison’’ (titre d’un article en provenance de meninism.net)

‘’So they cry when they are objectified and cry when they aren’t. Shocker’’

Skye Hebert, commenté sur a photo d’une femme en costume de bain.

‘’I need meninism because the movie Magic Mike promotes an unrealistic expectation of how men’s bodies should look.’’

-De la page Facebook Meninist.

‘’3 months ago I said Hi to a feminist. She said Hi back. Just kidding. She posted 300 status about how I terrorized her’’

-Raja Tlha Ul Hassan, commenté sur la page Meninist (parce que rire de la culture du viol c’est drôle j’imagine)

‘’It takes two to tango, sweetheart. That fetus doesn’t only belong to the mother.’’

Mike Lanning, commenté lors d’un débat sur l’avortement (merci pour l’éjaculation, vas-tu participer à l’accouchement aussi? Ah non.)

Tristesse métaphorique

Elle est souvent triste au quotidien. Peut-être pas irrécupérable, mais triste. Il n’y a pas mille milliards de mots alternatifs pour le sentiment qui est bien encré en elle; tout ne se confond pas avec mélancolie, ni nostalgie. Ce n’est pas toujours évident non plus pour elle de toujours exprimer clairement ce qui fait d’elle, ce qu’elle est. Elle feuillète probablement un peu trop sa vie comme si elle n’était qu’un simple  recueil de poésie dans lequel on peut cracher des larmes à s’y tuer. Comme dans l’Allégorie de la Caverne de Platon, elle se retrouve dans une cave où elle n’accède qu’aux reflets de la réalité, qu’à l’unique image de son âme, croyant pouvoir la rendre plus tangible vue de ses yeux seuls.

La vérité, c’est que sa tristesse est une constante série de métaphores qui la transforment en être obnubilé par sa propre solitude. Elle se fourvoie à se faire croire qu’elle sera toujours fixée comme un point sur une carte, et que tous les fantômes qu’elle puisse croiser ne soient possiblement que de passage sur les tonnes d’autoroutes gravitant autour de ce même foutu, sale point immobile. Elle se ment, s’asperge d’illusions portant sur la pensée, la réflexion éphémère qu’elle ne peut compter que sur ce qui est là, tangible, le reflet dans la caverne.

Lorsqu’elle conduit, que les torrents de pluie martèlent ses fenêtres, elle aperçoit,  de sa vision périphérique, cette même bouteille, aux pieds du passager toujours invisible, qui roule à chaque arrêt et redémarrage. Depuis combien de temps le récipient de plastique est-il là? Bonne question. Il roule sur le sol en vas en viens, et la petite voix raisonnable en elle qui lui chuchote de la placer aux ordures est retenue par des sangles puissantes, celles de pensées incomprises qui tendent à associer cet objet vide à un souvenir précis. Sûrement avait-elle acheté cette bouteille au dépanneur du coin, l’avait but en agréable compagnie. Dans ce cas, la regarder se mouvoir sans cesse est un rappel tolérable. Ou bien l’avait-elle bu seule, ensevelie par une montagne de rêves encore ignorés. Peu importe la raison justifiant cet acte de lâcheté, la bouteille reste là, dans l’automobile qui pue l’antirouille. Pleine d’une autre métaphore à laquelle personne d’autre n’aurait pu penser; exceptant elle-même.

Autant se plait-elle à vivre par le biais de coups de vents insignifiants, mais autant, parfois, le trou vide qu’ils ne remplissent que temporairement en elle se dilate et la fait s’écrouler. Se vider de toute rationalité, lui fournissant l’envie de s’excuser à la Terre entière pour ce qu’elle est.

Une absence, une instabilité, incarnation totale d’une frousse ahurissante de l’inconnu.

 

Broken Poetry

Désolée pour le titre anglophone. C’est presque ironique de dire que, malgré tout, c’est parce que j’y voyais un aspect poétique. Mais si vous préférez lire ma broken poetry comme étant une poésie brisée, alors libre à vous et à votre cœur franco, franc et fier.

Un matin, je me suis réveillée et, tout d’un coup, la poésie me manquait. Puis, un soir (d’un autre jour tout aussi ordinaire), le même sentiment m’est revenu. Où étaient donc passées toutes ces nuits durant lesquelles je laissais mes yeux rougir de fatigue devant mes pages remplies de vers, tous plus libres et parfois même égocentriques les uns que les autres? J’ai médité là-dessus. Vous pourriez vous dire qu’en quelques minutes, je m’étais fabriqué une réponse brève et concise, sans artifice ni paraboles; manque d’inspiration, ou de temps peut-être. Mais non. Cela m’a prit près de quelques mois pour trouver le courage et réessayer d’écrire en métaphores, rimes et tragédies. Ma capacité à m’exprimer comme une âme romantique et torturée à la fois me manquait beaucoup, et retrouver cette ressource que je croyais inépuisable en moi semblait être une tâche vaine. Jusqu’au moment ou j’ai compris.

J’avais toujours écrit à des périodes de ma vie durant lesquelles je me questionnais beaucoup par rapport à ce qui advenait de ma personne ainsi que de mon entourage. Rien n’était jamais réellement stable au niveau de mon cheminement émotif et mon évolution psychologique, ce qui rendait beaucoup plus simple la perspective de m’accrocher à quelque chose de tangible, un concept que je pouvais saisir: la profondeur. Tout ce qui se rattachait à la tristesse, au désespoir , bref, toute exagération de mes émotions réelles était attrayant. Mes longues lamentations écrites dans mes notes personnelles m’appartenaient alors, et ainsi, personne n’avait accès à ce que l’on aurait pu confondre avec une envie de mourir (ce ne sont pas les poèmes que l’on souhaite le plus révéler à ses parents et amis.) Alors je m’y mettais. Une journée moins bonne que celle d’hier? ”Ce torrent de vide qui m’entoure est le portrait même de mon éternelle abysse.”  Vous voyez le genre? Plus c’était souffrant, plus c’était plaisant (quelle rime satisfaisante).

Aujourd’hui, je me sens mieux que jamais. Je suis entourée de bonnes personnes, mon anxiété a diminué, j’ai la chance de bénéficier d’une relation amoureuse saine et stable. C’est toujours plus ardu de divaguer sur mes peurs et mes hantises en référant à une vie aussi belle que celle que j’ai en ce moment, même si j’en possède encore. J’y pense seulement moins, ce qui n’est pas une si mauvaise chose au final. Peut-être ai-je fait de ma propre histoire une poésie ornée de décorations florales et de ciels roses, après tout.

Mon prochain défi est alors de transposer ces nouveaux sentiments dans mes écrits, et espérer ne pas avoir à les dissimuler au creux de mes armoires.

 

 

Mon anxiété sans diagnostique

L’anxiété, qu’est-ce que c’est? Faut-il nécessairement être médicamenté pour cohabiter avec des périodes d’angoisse et de stress? L’anxiété est une réaction normale du corps humain face à des actions courantes de la vie. Elle survient, entre autres, lors de prises de décisions importantes. Mais est-ce qu’il faut ressentir le besoin constant de nous justifier sur le ”pourquoi suis-je aussi anxieux? ”

 

Lorsque j’étais au primaire, je me retrouvais souvent à être cette petite fille timide et apeurée des exposés oraux et du principe de faire des nouvelles rencontres. J’avais de bons amis, mais quand on me demandait de m’en faire d’autres, je figeais. Les gens devaient venir vers moi, pas le contraire. Plus tard, certains aspects de ma personnalité se sont fixés et je suis devenue très affirmée et sûre de moi. Malgré tout, certains de mes petits démons sont restés et me rappellent tous les jours que nous avons tous nos faiblesses.

 

Je fais de l’anxiété. C’est pas un docteur qui me l’a dit, juste ma tête qui s’emballe et mon petit coeur qui bat vite vite quand tout arrive en même temps dans ma vie. La première fois que j’ai fait une crise d’anxiété, j’étais au travail. Cela faisait peu de temps que j’occupais un certain poste quand une journée plus rushante s’est présentée. Tout d’un coup, c’est comme si tout autour de moi se développait trop vite, comme un film qu’on met en mode accéléré. La puissance de mes réactions se multipliaient, et ce que quelqu’un de posé et calme aurait fait tranquillement, je le faisais en tremblant. Je me suis mise à pleurer et j’ai capté ma limite. J’ai du me retiré dans le backstore, et là, j’ai pleuré. Je ne comprenais pas ce qui m’arrivait, mais je savais que ça avait été un coup de trop.

 

Au début, j’avais peur de devoir quitter mon travail; je commençais tout juste à m’y sentir plus à l’aise, et voilà que j’angoissais le matin avant d’y aller, de peur de retrouver ce sentiment de crainte face à mes interactions avec les autres. Deux ans plus tard, je travaille encore là-bas et j’aime ce que je fais, sauf que ça m’arrive encore de paniquer. Il suffit parfois d’une seule pensée par rapport à un devoir que je dois remettre bientôt, une querelle familiale ou un inconfort avec une personne que je dois côtoyer régulièrement pour que la roue se mette à tourner. Avec le temps, j’ai eu à me comprendre, m’apprivoiser comme j’étais en me trouvant des tactiques pour me calmer lorsque je suis en période de crise. Si je ne me contrôle pas, je peux vivre de l’insomnie et des pertes de motivation majeures.

 

Parfois, j’appréhende un moment et c’est alors que mon stress s’accentue. Le simple fait d’aller quelque part sans savoir ce qui m’attend, l’idée d’arriver en retard à un rendez-vous ou même participer à un évènement mal organisé me place dans un état très inconfortable. Quand je suis dans une situation ou je dois agir rapidement et que je sens mon anxiété prendre le dessus, je dois me réfugier dans ma tête et me recentrer sur moi-même un instant. Je respire profondément et je pense à des choses qui me font du bien et qui me réconfortent. Il me suffit de me trouver un point de repère quand je me sens m’écarter du reste du monde, quelque chose pour m’y accrocher. Parce que l’anxiété, lorsqu’envoyée au cerveau en trop grande dose, est irréelle. Elle n’est pas vrai, c’est une illusion que nos pensées nous imposent. Si ça devient trop puissant, c’est physique. Je pleure sans comprendre pourquoi, je tremble, je respire rapidement et je parle trop vite. Je sais que j’y ferai face toute ma vie.

 

Quelqu’un un jour m’a dit ”la pensée crée.” Il n’y a pas plus vrai que cela. Les mauvais tourments entraînent les mauvaises émotions aux mauvais moments. Je ne ressentirai jamais le besoin de me faire diagnostiquer mon anxiété parce que je la connais, je la traîne avec moi dans mon sac à dos depuis trop longtemps pour avoir besoin qu’un expert ne me la cible. Jamais des médicaments ne pourront quoi que ce soit pour moi, parce que je sais que je suis plus forte que tout ça si j’y crois assez. J’y croirai toujours.

 

 

Tes 5 résolutions indispensables

L’année tire sa révérence et les gens se précipitent comme à leur habitude sur ce principe d’objectifs qu’ils se fixeront pour que la prochaine année soit meilleure. Bien que je n’ai jamais été familière avec le concept de résolutions, j’avoue qu’il n’y a rien de mal à vouloir se donner des petits défis pour s’inspirer et mieux avancer dans ces 12 prochains mois. Voici donc pour toi, qui a peut-être autant de difficulté que moi à trouver ces objectifs, la liste de tes 5 résolutions indispensables à l’année 2016. C’est parti!

 

5. Lave-toi de tes complexes.

Celui-là est très important. Lis-le. Relis-le. Tu es une belle personne, tu possèdes une panoplie d’idées intéressantes et de visions du monde essentielles. Tu es peut-être ce genre d’être humain plus grand, ou même plus petit, tu as des formes, ou peut-être moins. Mais qui est-ce que cela doit concerner, mise à part toi? Personne. Alors pour 2016, promet-toi de savoir anéantir tous ces complexes qui te tracassent au niveau de ton physique ou de ton mental.

 

4. Laisse-toi croire en l’amour. 

Je ne te parle même pas de rencontrer ton prince ou ta princesse et de vivre heureux jusqu’à la fin des temps. Je te suggère plutôt de lever la tête de ton cellulaire et de prendre conscience de tout ce qui t’entoure, de tous ces gens qui composent ton environnement. Il y en a sûrement beaucoup parmi eux qui n’attendent qu’une fente de ta coquille pour voir en toi. Sache que l’amour se retrouve dans beaucoup de petites choses, un éclat de rire entre amis ou une partie d’un jeu de société en famille. L’amour émane de bien des façons, ouvre les yeux et laisse ce cliché t’envahir.

 

3. Prend beaucoup de photos. 

Pas trop de selfies s’il-te-plait. Mais ça aussi tu as le droit. C’est avec la rétrospective que je regrette de ne pas avoir photographié certaines parties de ma vie. J’en suis presque nostalgique, à réaliser que je devrai laisser ma mémoire essayer de tenir bond au fil des années qui s’écoulent si vite. Chaque moment immortalisé finira par être cette photo qui fait tant rire dans ton vieil album, alors saisis chaque occasion pour aider un peu ton petit cerveau à ménager sa mémoire à long terme. Il te remerciera plus tard!

 

2. Ose. 

C’est un classique; une vie sans erreurs est une vie sans apprentissages, peut-être même sans plaisir. Parce qu’au fond, commettre une erreur se fait souvent sous le principe d’une envie qui est née juste avant. Dès que tu arrives à établir un équilibre harmonieux entre ton bon sens et ta témérité, tu découvres ce bonheur de faire certaines choses que des gens trop bornés fuient comme la peste. Tu verras aussi qu’avec la gentillesse s’accorde la reconnaissance des autres. Si tu fais des choses stupides mais que tu les reconnais et que tu es gentil, tout s’annulera. Maintenant que tu possèdes le secret de la stupidité, exploites-le.

 

  1. Pardonne.

Pour ma part, 2015 s’est terminée avec un point assez ferme. J’ai décidé de pardonner des choses que l’on m’a faite et qui, sur le coup, me semblaient impardonnables. J’ai rapidement compris que je ne réussirais jamais à avancer et passer à autre chose avec tous ces démons qui me pourchassaient encore et cette haine que je conservais hermétiquement sans aucune raison valable par simple orgueil. Alors va de l’avant, prend ton courage entre tes mains tremblantes et va dire à cette personne qui t’a fait tant de mal que tu lui pardonne tout. Tu causeras probablement en elle une perplexité qui la surprendra et la fera beaucoup réfléchir; prend-le comme une douce vengeance toute gentille et bien légale.

 

Je te souhaite que la prochaine année t’offre des tonnes d’opportunités de te sentir mieux, de te démarquer et de te donner du bon temps. Saisis tout ce que tu peux et n’aie pas peur de rire, de pleurer, de crier, de chanter et de vivre. Ce sont les choses dont tu te souviendras le plus. Bonne chance!

 

L’hyper-sensibilité derrière ma marginalité

Être un hyper-sensible, c’est exactement comparable au fait d’être en proie à une maladie sempiternelle qui ne s’atténuera jamais. Il s’agit non seulement de porter chaque jour le fardeau de ses émotions, comme si elles étaient constamment prêtent à sauter au visage des gens, mais aussi d’envisager avoir à vivre avec ses états d’âme controversées, voire même pratiquement violés par le monde extérieur, et ce, jusqu’à la fin de sa vie. Quelle que soit la situation, une personne dotée d’une sensibilité extrême se verra parfois même être entrainée dans toutes sortes de tourbillons plus néfastes les uns que les autres, tels que l’anxiété, la déprime, l’insomnie, la perte d’appétit, l’angoisse… la liste est longue. Le problème apporté par cette proximité qu’un hyper-sensible entretient avec ses émotions parfois suffocantes est que son cerveau ne cesse jamais de bouillir sous le poids de souvenirs mélancoliques et de pensées tragiques. Mais il est possible d’apprivoiser son hyper-sensibilité, non pas de la maitriser, mais bien de réussir à la tourner en attrait plutôt qu’en faiblesse. Après tout, les émotions humaines les plus intenses, une fois rassemblées, ne sont-elles pas un tableau magnifique, à la fois sombre et somptueux?

C’est en entrant dans mon adolescence qu’une partie de moi s’est vue être dissipée dans un néant que j’avais éparpillé malhabilement autour de moi. Chaque fois que je créais un lien avec quelqu’un et que ce dernier se détruisait, je cherchais à comprendre pourquoi. «Pourquoi les gens entrent dans nos vies, puis quittent brusquement, sans même laisser un petit mémo sur la table avant de claquer la porte?» J’avais peur de l’amour et j’étais littéralement effrayée par l’idée de me tenir trop près des autres. Je me suis bâtie un mur en cherchant mon identité, mes intérêts et mes aspirations. Mais quand on entreprend une telle démarche seul, tout se casse graduellement. Mes pensées se sont noircies rapidement, comme la mine d’un crayon qui s’effrite sur le papier vierge. Je m’enfermais dans ma chambre en j’adoptais tranquillement une solitude malsaine qui me permettait de ruminer mes pensées. Je m’estompais de la réalité et je pleurais sur mon passé, sur mes liens brisés et mon cœur, quant à lui, semblait défoncé par la haine que j’avais moi-même nourrit. Une haine dirigée vers tout ceux qui m’avaient fait mal, ceux à qui je donnais délibérément le fardeau des mes tourments. Je semblais plus faible que jamais et j’éloignais les possibilités de me sauver. C’est à ce moment de ma vie que j’ai découvert mon hyper-sensibilité.

Inutile de mentionner qu’aimer quelqu’un était plus que destructeur pour moi. Je m’attachais tellement rarement que l’affection que je permettais de laisser entrer dans ma vie devenait un pilier, un support trop instable. «Les gens partent toujours.» Je le savais, pourtant. Mais je taisais cette voix qui me le répétait. Je suis resté trop longtemps avec une personne qui avait en tête de partir depuis le tout début. J’étais au courant que les espoirs tristes que je conservais en moi de voir cet amour revenir un jour étaient des cadavres, des restants de quelque chose qui avait été heureux pour un petit moment. Ma peine a été grande, et elle l’est encore. Je suis blessée, marquée au fer rouge par quelque chose de plus grand, de plus fort que moi.

Mais j’ai grandis. J’ai réussis, au fil du temps, à transformer la noirceur de mes idées en grandes fresques peintes. Je pleure encore beaucoup et je suis une solitaire comme j’étais destinée à l’être, mais je partage ma solitude avec des gens qui sont prêts à l’approcher. Je suis devenue une marginale, me plaisant à me décorer d’un cynisme et d’une ouverture psychologique aussi grande que je puisse me le permettre. J’ai convertis les nuances sombres de mon âme en tableaux extravagants sur mes vêtements, tentant de travestir mon pessimisme en sarcasme ambulant. Je balance publiquement mes intérêts entre la politique et mon amusement pour les idées saugrenues qui me viennent régulièrement en tête. Je m’isole avec humour et mon entourage sait que je ne meurs jamais de mon ennui. Je le laisse m’inspirer, tous les jours. J’aspire à écrire de la poésie dépeignant mes épisodes narcissiques-dépressifs sans honte ni censure, car je suis telle que je me suis peinte. Mon hyper-sensibilité ne m’a pas achevée; ma marginalité m’a sauvée.