S’engager tout croche

Je n’affectionne vraiment pas particulièrement les longs textes à l’eau de rose et de chagrin, ça m’a toujours un peu repoussé, les fameux articles plaintifs qui s’appellent ‘’Hey fille, je sais que t’as mal’’ ou ce genre de choses-là, ça m’écœure. Pour être honnête, je vomis un peu dans ma bouche quand j’en vois apparaître sur mon écran. Je reste tolérante parce que pour moi, toute forme d’écriture est de l’art et c’est important de respecter l’art d’autrui, c’est même essentiel, alors à ceux qui adorent composer ce genre de texte; do you, keep up my friends. Corrigez vos fautes de base après par contre, ça paraîtrait mille fois mieux.

 

C’est vraiment la première fois que je daigne me lancer dans un texte qui parle de relations amoureuses. J’aimerais dire que tout est objectif dans ce que je dis, mais pas vraiment. Ça prend vraiment une âme écorchée comme la mienne pour créer ce que je crée parfois, c’est dommage, mais pour quelqu’un qui veut vivre de sa plume, construire autour d’un vécu véritable demeure une approche plus tangible et aisée. Je n’ai jamais été exposée à d’horribles drames, j’ai une vie relativement facile et paisible jusqu’à présent, mais comme beaucoup d’autres individus, j’accordais déjà trop d’importance à mes émotions passionnées, impulsives et passagères à quatorze ans.

 

C’est facile de se faire briser le cœur quand tout ce qu’il y a de sérieux à tes yeux au début de ton secondaire 2, c’est de te faire embrasser avant d’embarquer dans ton autobus scolaire à la fin de la journée. Tu bases tes premières expériences de vie sentimentale là-dessus et, par la suite, si ça a le malheur d’échouer, et bien tu t’en souviendras comme le grand drame que c’était dans ta tête à c’t’âge-là. Flash news; tu as désormais dix-huit ans mais tu maudis encore le p’tit criss qui a eu le culot de te flusher devant le bus un fameux soir où tu attendais ton bec habituel juste avant vos trois mois de couple officiel.

 

J’ai l’air d’être pleine de jugements et très haut placée sur la pile de mes expériences, mais je viens de me décrire. Ben oui, la peine que j’ai eue à ce moment-là se reflète encore sur ce que je pense de moi-même et des relations amoureuses aujourd’hui. Tout était gros, tout était lourd, les études devenaient difficiles quand mes interactions sentimentales tournaient au ‘’cauchemar’’ quand j’étais au secondaire. Ben oui, je voyais ça comme me faire ‘’tromper’’ quand mon chum me disait qu’une fille lui avait envoyé des photos osées en chandail serré pendant la fin de semaine. C’est dommage parce que j’ai tellement placé toutes ces histoires là dans mes priorités, avant même de me concentrer sur ce que je devenais comme être humain indépendamment de tous ces petits incidents cons, que je vis beaucoup d’insécurité aujourd’hui. Si à quatorze ans la fille en chandail moulant était plus intéressante que moi, peut-être que la fille de l’autre côté de la rue en ce moment même l’est aussi?

 

Pourquoi il se faisait envoyer des photos? Est-ce que j’étais insuffisante? Le mauvais réflexe que j’ai encore aujourd’hui, c’est de me regarder dans le miroir un matin où j’avais prévu partir vite et quand même prendre trente minutes de mon temps pour me maquiller, quitte à arriver en retard, parce que le sentiment d’encore être insuffisante me fait peur. Je suis anxieuse face à l’idée de me faire crisser là du jour au lendemain.

 

Y’a autre chose de bien compliqué à gérer au cœur de l’adolescence; on est méchants et on ne le sait pas toujours. Cher ‘’ex-fréquentation’’ de mes quatorze ans, je te pardonne de m’avoir envoyé des textos vraiment longs dans lesquels, parmi tes fautes grammaticales à chier, tu me traitais de conne et même de salope. Sauf qu’aujourd’hui, les trois petits points que je vois sur mon écran pendant que mon interlocuteur écrit depuis cinq minutes me font trembler, me rendent anxieuse, me font me demander si je vais encore me faire traiter de conne par quelqu’un que j’aime. Je suis pourtant avec quelqu’un de bien, non? À dix-huit ans, je devrais pu avoir la chienne de me faire insulter par un être aimé?

 

Je me suis investie trop vite. C’est vrai que ça suce, ça me rend beaucoup trop incertaine et la barre de mes attentes me semble encore trop haute, même si j’essaie fort de la faire redescendre; des fois, ça signifie piler sur ma douleur interne et mes souvenirs. L’adolescence, c’est le moment où on se donne trop à fond dans des émotions qui n’existent même pas, qu’on bâti sur des illusions qu’on voudrait trop voir naître, et qui échouent trop vite.

 

J’m’excuse, mais l’adolescence, c’est pourri.