Tristesse métaphorique

Elle est souvent triste au quotidien. Peut-être pas irrécupérable, mais triste. Il n’y a pas mille milliards de mots alternatifs pour le sentiment qui est bien encré en elle; tout ne se confond pas avec mélancolie, ni nostalgie. Ce n’est pas toujours évident non plus pour elle de toujours exprimer clairement ce qui fait d’elle, ce qu’elle est. Elle feuillète probablement un peu trop sa vie comme si elle n’était qu’un simple  recueil de poésie dans lequel on peut cracher des larmes à s’y tuer. Comme dans l’Allégorie de la Caverne de Platon, elle se retrouve dans une cave où elle n’accède qu’aux reflets de la réalité, qu’à l’unique image de son âme, croyant pouvoir la rendre plus tangible vue de ses yeux seuls.

La vérité, c’est que sa tristesse est une constante série de métaphores qui la transforment en être obnubilé par sa propre solitude. Elle se fourvoie à se faire croire qu’elle sera toujours fixée comme un point sur une carte, et que tous les fantômes qu’elle puisse croiser ne soient possiblement que de passage sur les tonnes d’autoroutes gravitant autour de ce même foutu, sale point immobile. Elle se ment, s’asperge d’illusions portant sur la pensée, la réflexion éphémère qu’elle ne peut compter que sur ce qui est là, tangible, le reflet dans la caverne.

Lorsqu’elle conduit, que les torrents de pluie martèlent ses fenêtres, elle aperçoit,  de sa vision périphérique, cette même bouteille, aux pieds du passager toujours invisible, qui roule à chaque arrêt et redémarrage. Depuis combien de temps le récipient de plastique est-il là? Bonne question. Il roule sur le sol en vas en viens, et la petite voix raisonnable en elle qui lui chuchote de la placer aux ordures est retenue par des sangles puissantes, celles de pensées incomprises qui tendent à associer cet objet vide à un souvenir précis. Sûrement avait-elle acheté cette bouteille au dépanneur du coin, l’avait but en agréable compagnie. Dans ce cas, la regarder se mouvoir sans cesse est un rappel tolérable. Ou bien l’avait-elle bu seule, ensevelie par une montagne de rêves encore ignorés. Peu importe la raison justifiant cet acte de lâcheté, la bouteille reste là, dans l’automobile qui pue l’antirouille. Pleine d’une autre métaphore à laquelle personne d’autre n’aurait pu penser; exceptant elle-même.

Autant se plait-elle à vivre par le biais de coups de vents insignifiants, mais autant, parfois, le trou vide qu’ils ne remplissent que temporairement en elle se dilate et la fait s’écrouler. Se vider de toute rationalité, lui fournissant l’envie de s’excuser à la Terre entière pour ce qu’elle est.

Une absence, une instabilité, incarnation totale d’une frousse ahurissante de l’inconnu.

 

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Les excuses d’un esprit libre

Les esprits libres sont souvent ceux qui sont exposés à davantage de restrictions. Les penseurs qui grandissent dans un nid familial protecteur, pratiquement conservateur, qui vivent pour la recherche de la différence en se voyant être confinés dans la normalité la plus banale, sont ceux qui souffrent un peu de leur indépendance.

 

Je dois des excuses à mon père, qui espérait beaucoup pour moi. Malgré nos nombreuses différences, de nos divergences d’opinions jusqu’à nos désaccords brumeux, je sais au fond de moi que ses intentions de me ramener dans un chemin qui lui semble droit ne sont pas mal fondées. Le problème dans l’histoire, c’est que mon paternel sait des choses que je ne sais pas, et vice-versa.

La première fois que j’ai manifesté une envie particulière pour les arts et l’expression de soi, mon père m’a permit de canaliser cette fascination dans des leçons de chant et de danse. Je me suis vite lassée de la structure et des règles que ces cours impliquaient. Ils nécessitaient une rigueur , une conformité que je ne me voyais pas en mesure de fournir sur une base régulière. Alors, je suis entrée depuis quelques temps dans une phase de rébellion contre le monde, contre moi-même, et tout ce qui est considéré comme de la marginalité m’intrigue. Mon père me répète sans cesse qu’il y a une façon de faire les choses. Ce n’est pas mon impression qu’il ait tort qui me perturbe plutôt que ma soif de sortir du moule qui me tire vers autre chose de plus grand que de juste faire les choses de la bonne façon.

Première discussion sur les modifications corporelles avec mon père, un minimum de trente secondes est requis pour que je saisisse que jamais il n’approuverait cette forme d’art sur moi. Je suis triste. J’ai cédé au charme des aiguilles et je me suis fait percer la peau, mais je vois mon père regarder mon nez, mes oreilles, tous les jours avec une déception plus grande, comme si il se demandait ce qu’il avait oublié de faire pour ne pas que je dévie.

Premières manifestations chez moi d’un désir du refus de l’étiquette de fille ou de femme. Affirmation de mon ouverture sur la transsexualité, la communauté queer et l’acceptation de n’être qu’une humaine plutôt qu’un genre, qu’un label comme ils le disent si bien. Au delà de mon plaisir à m’habiller tout autant dans la section p’tit gars que p’tite fille au magasin, je sais que mon père a mit au monde une fille, sa princesse, et son cœur de père se déchire toujours un peu devant mes jeans troués, mes casquettes et ma façon de m’asseoir les jambes écartées. Il ne faut pas en vouloir aux parents qui ressentent ça. Même si on se force à ignorer que ce n’est pas une question générationnelle qui défini qui on est, il ne faut pas tourner la tête au fait qu’on s’est tous fait inculqués des principes différents.

Je considère avoir été éduquée à 75% par mes parents et à 25% par les médias. Les articles que je lis, les documentaires que je vois me permettent de me sortir de mes valeurs pour en voir d’autres sans  renier ni oublier les miennes. Instagram m’initie à l’art des autres, parce qu’on retrouve pas juste des photos de jambes bronzées là-dessus; on s’ouvres au monde de la poésie, de l’érotisme, du savoir, de la nature, et ça ouvre un paquet de portes tout ça. Ça boost la créativité, l’estime, la compréhension de ce qui nous entoure. Ça nous dit qu’il y a plus que nous, plus que des humains blancs, noirs ou jaunes, que des hétérosexuels ou des homosexuels, il y a l’instauration d’une homogénéisation du monde à laquelle je cherche à contribuer.

Alors je m’excuse, papa, pour mon esprit un peu vagabond.