L’hyper-sensibilité derrière ma marginalité

Être un hyper-sensible, c’est exactement comparable au fait d’être en proie à une maladie sempiternelle qui ne s’atténuera jamais. Il s’agit non seulement de porter chaque jour le fardeau de ses émotions, comme si elles étaient constamment prêtent à sauter au visage des gens, mais aussi d’envisager avoir à vivre avec ses états d’âme controversées, voire même pratiquement violés par le monde extérieur, et ce, jusqu’à la fin de sa vie. Quelle que soit la situation, une personne dotée d’une sensibilité extrême se verra parfois même être entrainée dans toutes sortes de tourbillons plus néfastes les uns que les autres, tels que l’anxiété, la déprime, l’insomnie, la perte d’appétit, l’angoisse… la liste est longue. Le problème apporté par cette proximité qu’un hyper-sensible entretient avec ses émotions parfois suffocantes est que son cerveau ne cesse jamais de bouillir sous le poids de souvenirs mélancoliques et de pensées tragiques. Mais il est possible d’apprivoiser son hyper-sensibilité, non pas de la maitriser, mais bien de réussir à la tourner en attrait plutôt qu’en faiblesse. Après tout, les émotions humaines les plus intenses, une fois rassemblées, ne sont-elles pas un tableau magnifique, à la fois sombre et somptueux?

C’est en entrant dans mon adolescence qu’une partie de moi s’est vue être dissipée dans un néant que j’avais éparpillé malhabilement autour de moi. Chaque fois que je créais un lien avec quelqu’un et que ce dernier se détruisait, je cherchais à comprendre pourquoi. «Pourquoi les gens entrent dans nos vies, puis quittent brusquement, sans même laisser un petit mémo sur la table avant de claquer la porte?» J’avais peur de l’amour et j’étais littéralement effrayée par l’idée de me tenir trop près des autres. Je me suis bâtie un mur en cherchant mon identité, mes intérêts et mes aspirations. Mais quand on entreprend une telle démarche seul, tout se casse graduellement. Mes pensées se sont noircies rapidement, comme la mine d’un crayon qui s’effrite sur le papier vierge. Je m’enfermais dans ma chambre en j’adoptais tranquillement une solitude malsaine qui me permettait de ruminer mes pensées. Je m’estompais de la réalité et je pleurais sur mon passé, sur mes liens brisés et mon cœur, quant à lui, semblait défoncé par la haine que j’avais moi-même nourrit. Une haine dirigée vers tout ceux qui m’avaient fait mal, ceux à qui je donnais délibérément le fardeau des mes tourments. Je semblais plus faible que jamais et j’éloignais les possibilités de me sauver. C’est à ce moment de ma vie que j’ai découvert mon hyper-sensibilité.

Inutile de mentionner qu’aimer quelqu’un était plus que destructeur pour moi. Je m’attachais tellement rarement que l’affection que je permettais de laisser entrer dans ma vie devenait un pilier, un support trop instable. «Les gens partent toujours.» Je le savais, pourtant. Mais je taisais cette voix qui me le répétait. Je suis resté trop longtemps avec une personne qui avait en tête de partir depuis le tout début. J’étais au courant que les espoirs tristes que je conservais en moi de voir cet amour revenir un jour étaient des cadavres, des restants de quelque chose qui avait été heureux pour un petit moment. Ma peine a été grande, et elle l’est encore. Je suis blessée, marquée au fer rouge par quelque chose de plus grand, de plus fort que moi.

Mais j’ai grandis. J’ai réussis, au fil du temps, à transformer la noirceur de mes idées en grandes fresques peintes. Je pleure encore beaucoup et je suis une solitaire comme j’étais destinée à l’être, mais je partage ma solitude avec des gens qui sont prêts à l’approcher. Je suis devenue une marginale, me plaisant à me décorer d’un cynisme et d’une ouverture psychologique aussi grande que je puisse me le permettre. J’ai convertis les nuances sombres de mon âme en tableaux extravagants sur mes vêtements, tentant de travestir mon pessimisme en sarcasme ambulant. Je balance publiquement mes intérêts entre la politique et mon amusement pour les idées saugrenues qui me viennent régulièrement en tête. Je m’isole avec humour et mon entourage sait que je ne meurs jamais de mon ennui. Je le laisse m’inspirer, tous les jours. J’aspire à écrire de la poésie dépeignant mes épisodes narcissiques-dépressifs sans honte ni censure, car je suis telle que je me suis peinte. Mon hyper-sensibilité ne m’a pas achevée; ma marginalité m’a sauvée.

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