Au delà des barrières

Le défi le plus enrichissant à relever dans la vie est celui de s’ouvrir au monde. Oser approcher une personne qui semble avoir les mêmes intérêts que nous sans même la connaître, s’arrêter près d’une vieille dame et lui demander de nous raconter son histoire ou même entrer dans une librairie et acheter le premier livre qui tombe sous nos yeux. C’est aussi d’écrire un article sur un sujet qui nous passionne en se donnant la permission d’être journaliste d’un jour. Le bonheur ne se retrouve pas uniquement dans la routine, il s’offre à celui qui voudra bien aller plus loin que ce qui est devant lui. Se déconnecter des réseaux sociaux et plutôt opter pour une discussion autour d’un bon café chaud est l’un des moyens les plus efficaces d’ouvrir ses horizons, de poser des questions à quelqu’un d’autre, de l’écouter un instant, sans parler, et de réaliser que sa façon de voir les choses est absolument intrigante.

Tous les jours, nous nous fixons des limites en croyant qu’elles sont nécessaires. On ne sourit pas à la caissière du dépanneur pour ne pas paraître étrange, alors que lui demander si sa journée est belle jusqu’à présent la rendrait probablement légère jusqu’au soir. Nous redoutons les autres, s’éloignant de l’inconnu pour se blottir dans un confort habituel alors que l’étranger nous mène parfois vers des concepts merveilleux. Comment est-ce possible de se forger une opinion sur l’univers sans avoir demander au reste du monde ce qu’il en pense? Les plus belles rencontres sont parfois celles qui s’établissent graduellement, sans intention particulière, en s’acheminant simplement dans le moment présent. Nous jugeons la religion sans même s’être recueilli une seule fois dans une église ou bien avoir jeté un oeil à la Torah, tout comme l’enfant boude un plat sans y avoir goûté. C’est en lisant des écrits philosophiques et en se plongeant dans un sujet que nous redoutons avec préjugés que nous vivons réellement. Parce qu’au delà du travail, de l’argent, des tâches, des devoirs et des responsabilités, le monde est composé de couleurs, de sons, de pensées et de mémoires incroyables qui n’attendent qu’à être découverts.

Alors commencez à vivre maintenant. Faites du vélo sous la pluie, discutez de votre théorie sur la création de l’univers à celui qui voudra bien vous prêter une oreille attentive et intéressée, appréciez le son d’un vinyle qui tourne, lisez, mangez, aimez, riez, écoutez, apprenez et surtout, appréciez.

Un jour, lorsque je faisais visiter le centre-ville de ma région à un ami, je lui ai demandé ce qu’il voulait faire. Il a simplement répondu «Tout.» Et c’est exactement ce que je veux faire dans la vie. Tout.

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Je m’excuse d’être une Femme.

Je suis née comme un objet vulgaire qui pousse à la perversion. Mes jambes sont des morceaux de viande que je devrai cacher à tout prix pour ne pas me faire accuser du viol dont je serai surement victime par ma propre faute. Une fois entrée à l’école, je regarderai les autres de ma Race, la Race Inférieure. Cette lignée de créatures descendues de la côte de l’Homme tout puissant, celui que nous devons vénérer. Je me plierai aux règles pour être comme les autres de mon espèce, même si je sais que je n’arrêterai jamais d’être blâmée pour ce que je suis. Pour tenter les autres, je devrai rester mystérieuse, ne pas trop m’affirmer, car tel est mon destin, n’est-ce pas? Une Femme ne parle pas. Je ne dois pas avoir d’opinion, il faut en laisser pour l’Homme. C’est lui qui sait, lui seul qui possède la raison. Ma tête est vide, je n’entretiens en elle que de simples idées restreintes de ce que je perçois du monde, je suis programmée pour me dénigrer moi-même afin de suivre un mouvement qui me déteste. Je ne ferai aucun sport, car ce n’est pas de mon essors d’avoir recourt à de telles pratiques, mais je devrai tout de même rester menue pour perpétuer cette conception de perfection que je ne suis absolument pas selon le regard de la société. Alors je me laisserai crever de faim pour sentir mes os fréquenter ma peau de trop près, alors seulement là je serai ce que je suis destinée à être. Un objet tentant qui sera blâmé de l’être. Lorsque je me détournerai de mes obligations pourtant simples de femme, je m’excuserai, sinon, on risquerait de me dévisager comme si je trompais ma Race. Au collège, les surveillants arpenteront les corridors et m’observeront de la tête au pied. Si mon épaule dépasse un peu trop, ou qu’encore pire, la démarcation de ma poitrine est entrevue, je serai escortée au bureau pour recevoir un avertissement. Ça n’arrivera plus, pardonnez ce corps offensant que je n’ai pas choisi. Je croiserai, plus tard, un Homme qui marchera torse nu dans la rue. Je devrai l’admirer; quelle grâce d’assumer ainsi ses attributs. Voilà ce que la confiance en soi représente. Moi, je n’y aurai jamais accès complètement. Mais ce n’est pas grave, je resterai la simple image obscène et enviable que les autres tendent à dénigrer et rabaisser.

Évidemment, ce texte est une triste hyperbole de ce que les femmes vivent, à petite ou même à grande échelle, depuis des décennies. J’aurais pu utiliser les termes «salopes» ou «dépravée» pour arriver au même résultat, mais la vérité, c’est que la femme est véritablement modelée comme nous la voulons tous, et malheureusement, en suivant grassement le modèle que mon texte propose. Si tu es une personne de sexe féminin et que tu lis ceci, garde en tête que ce modèle parfait ne doit pas te correspondre. Je t’invite à continuer de te battre à mes côtés, à élever ta voix, à faire le métier que tu souhaites et à assumer le corps que tu as. Et, au risque d’être pointée du doigt pour mes propos probablement jugés comme étant pervertis selon la société actuelle, notre corps est comme celui de l’homme sur le plan éthique, et non biologique. Nous sommes des âmes, pas de la viande, et exposer notre chair n’est pas plus déplacé que de constater admirablement celle des hommes. Si je suis pour le mouvement Free the nipples? Bien sûr. «Alors prouve-le et fais-le!» Non, simplement parce que j’ai d’autres moyens d’entretenir mon combat contre le sexisme. Mais si il y a bien une promesse que je puisse officialiser avec mes lecteurs, c’est que tant que la discrimination sera inégale au niveau des sexes, je crierai à l’injustice.

L’hyper-sensibilité derrière ma marginalité

Être un hyper-sensible, c’est exactement comparable au fait d’être en proie à une maladie sempiternelle qui ne s’atténuera jamais. Il s’agit non seulement de porter chaque jour le fardeau de ses émotions, comme si elles étaient constamment prêtent à sauter au visage des gens, mais aussi d’envisager avoir à vivre avec ses états d’âme controversées, voire même pratiquement violés par le monde extérieur, et ce, jusqu’à la fin de sa vie. Quelle que soit la situation, une personne dotée d’une sensibilité extrême se verra parfois même être entrainée dans toutes sortes de tourbillons plus néfastes les uns que les autres, tels que l’anxiété, la déprime, l’insomnie, la perte d’appétit, l’angoisse… la liste est longue. Le problème apporté par cette proximité qu’un hyper-sensible entretient avec ses émotions parfois suffocantes est que son cerveau ne cesse jamais de bouillir sous le poids de souvenirs mélancoliques et de pensées tragiques. Mais il est possible d’apprivoiser son hyper-sensibilité, non pas de la maitriser, mais bien de réussir à la tourner en attrait plutôt qu’en faiblesse. Après tout, les émotions humaines les plus intenses, une fois rassemblées, ne sont-elles pas un tableau magnifique, à la fois sombre et somptueux?

C’est en entrant dans mon adolescence qu’une partie de moi s’est vue être dissipée dans un néant que j’avais éparpillé malhabilement autour de moi. Chaque fois que je créais un lien avec quelqu’un et que ce dernier se détruisait, je cherchais à comprendre pourquoi. «Pourquoi les gens entrent dans nos vies, puis quittent brusquement, sans même laisser un petit mémo sur la table avant de claquer la porte?» J’avais peur de l’amour et j’étais littéralement effrayée par l’idée de me tenir trop près des autres. Je me suis bâtie un mur en cherchant mon identité, mes intérêts et mes aspirations. Mais quand on entreprend une telle démarche seul, tout se casse graduellement. Mes pensées se sont noircies rapidement, comme la mine d’un crayon qui s’effrite sur le papier vierge. Je m’enfermais dans ma chambre en j’adoptais tranquillement une solitude malsaine qui me permettait de ruminer mes pensées. Je m’estompais de la réalité et je pleurais sur mon passé, sur mes liens brisés et mon cœur, quant à lui, semblait défoncé par la haine que j’avais moi-même nourrit. Une haine dirigée vers tout ceux qui m’avaient fait mal, ceux à qui je donnais délibérément le fardeau des mes tourments. Je semblais plus faible que jamais et j’éloignais les possibilités de me sauver. C’est à ce moment de ma vie que j’ai découvert mon hyper-sensibilité.

Inutile de mentionner qu’aimer quelqu’un était plus que destructeur pour moi. Je m’attachais tellement rarement que l’affection que je permettais de laisser entrer dans ma vie devenait un pilier, un support trop instable. «Les gens partent toujours.» Je le savais, pourtant. Mais je taisais cette voix qui me le répétait. Je suis resté trop longtemps avec une personne qui avait en tête de partir depuis le tout début. J’étais au courant que les espoirs tristes que je conservais en moi de voir cet amour revenir un jour étaient des cadavres, des restants de quelque chose qui avait été heureux pour un petit moment. Ma peine a été grande, et elle l’est encore. Je suis blessée, marquée au fer rouge par quelque chose de plus grand, de plus fort que moi.

Mais j’ai grandis. J’ai réussis, au fil du temps, à transformer la noirceur de mes idées en grandes fresques peintes. Je pleure encore beaucoup et je suis une solitaire comme j’étais destinée à l’être, mais je partage ma solitude avec des gens qui sont prêts à l’approcher. Je suis devenue une marginale, me plaisant à me décorer d’un cynisme et d’une ouverture psychologique aussi grande que je puisse me le permettre. J’ai convertis les nuances sombres de mon âme en tableaux extravagants sur mes vêtements, tentant de travestir mon pessimisme en sarcasme ambulant. Je balance publiquement mes intérêts entre la politique et mon amusement pour les idées saugrenues qui me viennent régulièrement en tête. Je m’isole avec humour et mon entourage sait que je ne meurs jamais de mon ennui. Je le laisse m’inspirer, tous les jours. J’aspire à écrire de la poésie dépeignant mes épisodes narcissiques-dépressifs sans honte ni censure, car je suis telle que je me suis peinte. Mon hyper-sensibilité ne m’a pas achevée; ma marginalité m’a sauvée.